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COLLECTIF EUROPEEN
D'EQUIPES DE PEDAGOGIE INSTITUTIONNELLE
date : 08 octobre 2015
mots-clés : accueil, accueillir

L'accueil paradoxal

« L'accueil paradoxal de Jean-Michel »  ou  « qu'est-ce qui opère ? »

 Lorsqu'on s'attelle à un travail monographique, ou lorsqu'on lit une monographie publiée, une question est toujours là : qu'est-ce qui a opéré ?

Bien sûr on pourrait répondre, les institutions de la classe, la mise en œuvre de la PI. Et bien des monographies peuvent ainsi servir à présenter ce que met en jeu telle ou telle institution ou technique : les métiers, le quoi de neuf, le texte libre etc.

Mais il y a un préalable à cela : la manière dont le responsable de la classe , de l'établissement, est engagé dans ce type de pédagogie, non pour elle – même, mais parce que pour lui , c'est la seule façon de permettre aux enfants, aux jeunes (voire aux adultes) concernés de s'inscrire dans le groupe et en même temps dans des apprentissages, la seule façon de grandir.

C'est ce choix-là, cette éthique-là qui va lui « dicter » dans des moments  d' « urgence », des paroles qui vont être « opérantes », avant toute institution, mais aussi parce qu'il y a ces institutions. Elles vont ouvrir pour l'enfant, le jeune, un espace où il pourra changer et indiquer aussi le prix à payer pour y entrer.

Ainsi dans la mono de Jean-Michel[1] que nous avons, à un moment du travail de l'épi Caus'actes, entrepris de relire, j'ai remarqué particulièrement une parole. C'est au début, dans ce moment paradoxal où l'accueil d'un nouvel élève consiste à le mettre à la porte.

Que dit le directeur de l'école  à la mère de l'enfant ?

« Il n'y a rien à faire avec cet enfant, nous n'en voulons pas dans cet état-là, qu'il retourne chez lui ! »

Ce qui s'entend, c'est le « nous n'en voulons pas dans cet état – là », ce qui revient à dire que, s'il revient dans un autre état, il pourra être accueilli. Bien plus, la phrase suppose en même temps  qu'il est possible qu'il soit dans un autre état, qu'il ne se réduit pas à cet état d'enfant hurlant qui s'accroche à sa mère, piégé qu'il est sans doute dans la conviction de celle-ci qu'ils ne peuvent être séparés.

Phrase séparatrice, énoncé de la loi : un autre vie t'est offerte que celle du duel avec la mère, tu peux t'intégrer à un groupe, et t'ouvrir au monde que ta mère apparemment n'a pas su te présenter pour te donner envie d'y aller.

On remarquera aussi que les mots mêmes sont séparateurs : le directeur ne dit pas non plus « retournez chez vous avec votre fils ». Même s'il parle à la mère, il s'adresse à l'enfant seul, séparé : « qu'il retourne chez lui », ce qui permet que soit possible un « qu'il revienne à l'école - tout seul - quand il sera dans un autre état »  et c'est bien ce qui advient.

Et si cela peut advenir, c'est aussi parce qu'il « fait confiance à l'enfant pour se calmer », il ne l'assiste pas, il ne fait pas pression sur lui pour qu'il arrête sa crise, il dit juste : «  si tu veux venir à l'école, tu te mets dans un autre état que celui – là », ce qui revient à considérer que l'enfant est capable de le faire.

Quelle formation pour pouvoir parler ainsi, si ce n'est celle d'avoir été considéré soi-même comme un sujet, capable de dessiner son chemin, « seul avec les autres », pourrait-on dire ? Quelle préoccupation primordiale dans une classe institutrice, si ce n'est celle d'ouvrir cet espace où  chacun pourra prendre la parole au sens fort du terme, ie dire quelque chose de ce qui l'habite et le travaille?

 

Claire Colombier

5 juin 2013



[1] In Vers une pédagogie institutionnelle, Aïda Vasquez, Fernand Oury, Maspero, 1967, pp 127-135.




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