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Le CV du groupe Caus’actes





En guise de CV

"Un radeau, vous savez comment c’est fait : il y a des troncs de bois reliés entre eux de manière assez lâche, si bien que lorsque s’abattent les montagnes d’eau, l’eau passe à travers les troncs écartés. C’est par-là qu’un radeau n’est pas un esquif. Autrement dit, nous ne retenons pas les questions. Notre liberté relative vient de cette structure rudimentaire (...) Quand les questions s’abattent, nous ne serrons pas les rangs - nous ne joignons pas les troncs - pour constituer une plate-forme concertée. Bien au contraire. Nous ne maintenons du projet que ce qui du projet nous relie.

Vous voyez par-là l’importance primordiale des liens et du mode d’attache, et de la distance même que les troncs peuvent prendre entre eux. Il faut que le lien soit suffisamment lâche et qu’il ne lâche pas.

Le radeau est le territoire métaphorique par excellence ; territoire bricolé, avec les « moyens du bord », mais selon les règles d’un véritable savoir-faire qui lui assure la résistance nécessaire ; ... (Le croire et le craindre - Stock 1978 p.164 - Fernand DELIGNY)

Retors et fragiles, insensibles aux chants des sirènes mais cependant dotés d’une foi à toute épreuve, certains praticiens tiennent position depuis des lustres ; sans se confondre, ils s’efforcent de discerner ce qui pourrait rendre plus opérant leur milieu professionnel et moins nocifs leurs propres préjugés, conscients qu’à la base, l’éducation se doit d’être institutrice pour la progéniture des humains, promis sinon au destin de la horde.

Mais peut-on prétendre être adulte et éducateur si, nous-mêmes avons relégué aux oubliettes les multiples facettes de notre propre rapport à l’ascendance et négligeons de tenir notre place tout en analysant l’impact de notre propre implication en l’affaire ?

C’est ainsi que dès les années 1973, Caus’Actes, se référant aux principes et outils de la PI, se risque à un long et périlleux travail d’institutionnalisation des Groupes d’Education Thérapeutique alors rassemblés autour de la personne de F. OURY . Ce travail de la distinction, soucieux de prendre en charge des effets de la fascination et de la suggestion, irréductible polarité entre le masculin et le féminin, inscrit Le Politique au cœur de ce qui allait devenir le CE.EPI.

Resituée comme tâche civilisatrice, la pédagogie ainsi conçue et construite, redevient fondamentalement institutrice.

Aller-devenir, sans allégeance ni reniement....Coopérer aux possibilités de la relève... Cela doit bien faire maintenant plus de quarante ans que Caus’Actes persiste : lumière vacillante mais ténue et porte grande ouverte : praticiens non dupes du champ éducatif, désireux de se retrouver, d’élaborer ce qui, professionnellement les travaille, de partager quelques convictions, de construire quelques points d’appui à leur pratique, quelques repères à leur propre cheminement.

On n’adhère ( !) donc pas à C’A qui n’est ni un mouvement, ni une organisation ni un groupe, ni même une équipe mais un radeau. On peut seulement s’y retrouver, soi-même, à l’épreuve d’un constat : entre solitaire et solidaire, c’est bien autre chose qu’une différence de consonne qui résonne.

Michel Exertier