Retraité, JM Bérard se préoccupe aujourd’hui peu des questions relatives à l’éducation nationale. Plus du tout présent sur le terrain, éloigné des sources directes d’information, il a peu d’éléments pour penser la situation. Son intuition, tout à fait intuitive : depuis quelques temps, la droite au pouvoir détruit les principes de l’école laïque et républicaine, repaire selon elle de marxistes paresseux.
Depuis la loi Fillon, passée un peu inaperçue, l’égalité n’est plus, à son avis, le principe fondateur de l’école. A chacun selon ses possibilités. C’est ainsi que l’on a pu récemment entendre une justification étonnante de la suppression de l’épreuve de culture générale dans les concours de la fonction publique : les personnes originaires de milieux modestes on peu de culture générale, et il ne serait pas démocratique de leur interdire l’accès à certains emplois sous prétexte qu’ils n’ont pas tous les éléments culturels. En clair, le black de banlieue doit sans problème pouvoir balayer les couloirs du collège, il n’a pas besoin de culture générale. Paradoxale prise au pied de la lettre des thèses de Baudelot et Establet. L’origine sociale est source d’inégalité culturelles. Conclusion, qui n’était peut-être pas dans les intentions de Baudelot : prenons en acte et faisons avec.
De ses dernières années d’exercice, JM Bérard a gardé les préoccupations suivantes :
aucune société structurée n’existe sans être fondée sur des principes, qui se concrétisent par des lois, un mode d’organisation, des libertés et des limites à ces libertés. La position du curseur, entre jungle (la loi du plus fort, sous prétexte de liberté) et dictature est sans cesse à travailler.
Dans un rapport officiel, JM B avait posé la question du devoir de désobéissance, et de ses limites : à quel moment faut-il refuser de chanter "Maréchal nous voilà" et partir à Londres ou dans le Vercors ? Question qui ne va pas de soi. Ainsi, JM B reste attaché à l’idée de programmes nationaux, et de collation nationale des examens et titres universitaires, nécessaires à la cohésion sociale.
Il pense aussi que la définition de l’école et de ce qui doit s’y faire n’appartient pas aux enseignants, même si leur avis, en la matière, est tout à fait important. Il pense en tout cas, mais à titre plus intuitif que raisonné, que la droite s’est donnée pour objectif de détruire ce caractère national de l’éducation. C’est pourquoi la désobéissance doit être soigneusement pensée, car elle peut avoir pour effet pervers de détruire ce caractère national au profit d’un émiettement redoutable et individualiste. Dans certains pays anglo saxons, où il n’y a pas de programmes nationaux, ce sont les parents, les autorités locales et les enseignants qui forment le conseil de chaque école et ont le pouvoir de dire si l’on doit enseigner les lois de Darwin ou le créationnisme. Quant aux tenants du libéralisme (OMC par exemple) ils considèrent que l’école doit être un service concurrentiel comme un autre. Heureusement pour l’instant, l’école ne fait pas partie des compétences de l’Europe de Barroso.
JM B pense que les évolutions récentes des programmes de l’école primaire vident les enseignements de leur sens, au profit d’un ensemble émietté de comportements. L’évaluation est nécessaire (sinon, comment saurait-on ce que l’on fait ? ) mais les évaluations actuelles ont tendance à tester des compétences émiettées, sans vue d’ensemble du sens. Un retour au certificat d’étude, mythe républicain. On oublie souvent que, même a sa grande époque, seule la moitié des élèves obtenaient le certificat, ce qui en d’autres termes signifie que l’école conduisait la moitié des élèves à l’échec. Dans le certificat, la question du sens était peu présente. Ainsi, les questions sur le texte de la dictée étaient sommaires et évaluaient peu la compréhension d’ensemble de ce texte. C’est un peu la tendance des nouvelles évaluations.
Il semble à JM B qu’une société ne peut exister sans un socle commun de valeurs et de connaissances, implicite ou explicite. La définition d’un socle commun (issue du rapport Thélot) lui semble positive, quoi que fortement contestée par certains syndicats. Malgré les apparences (présence du socle commun dans les textes définissant le brevet) il semble que ce socle préoccupe peu l’actuel ministère.
seule une vaste campagne de pétition a empêché que l’on fiche les enfants de trois ans pour détecter les futurs délinquants. Le gouvernement actuel a changé de paradigme social, en passant d’une société ou l’on poursuit le crime à une société de suspicion préventive, où l’on se préoccupe de plus en plus de ce que chacun pourra commettre : il n’y a plus d’intimité, tous les signes, les comportements appartiennent à la puissance publique. Dans cette société, le sujet est disloqué en un ensemble de prédispositions physiques et de comportements. Ainsi, les pouvoirs donnés aux maires par la loi sur la sécurité intérieure sont exorbitants, puisqu’il doit désormais croiser toutes les informations disponibles sur les enfants de sa commune, en particulier celles en provenance des travailleurs sociaux ; Société de suspicion, fin de la présomption d’innocence, de la notion de vie privée, dislocation du sujet. (Une remarque mineure : contrairement à ce que croit certains adversaires de Base élève, ces pouvoirs des maires ne sont pas liés à Base élève.)
JM B poursuit par une analogie entre ces grandes questions et ses préoccupations actuelles concernant la société numérique. Il travaille en ce moment avec la Ligue des droits de l’homme et la ligue de l’enseignement. Le fichage social généralisé, la mise en ligne par tout un chacun de données personnelles, la surveillance des échanges, des déplacements, des opinions, posent aussi les questions des limites nécessaires à l’organisation sociale, de la préservation de l’intimité du sujet , et du sens à donner aux résultats des traitements numériques.
Note a posteriori : le numéro de juin/juillet de la revue "Les idées en mouvement" comporte un dossier sur la société numérique ; Ce dossier a été coordonné par F. Blime, R Jammes et JM Bérard. JM B peut en envoyer une version numérique à qui le demande.
JM B publie aussi deux blogs régulièrement mis à jour : http://alerte.entre-soi.info/ http://iets.entre-soi.info/
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