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COLLECTIF EUROPEEN
D'EQUIPES DE PEDAGOGIE INSTITUTIONNELLE
auteur : veronique
date : 12 novembre 2025

Pierre Legendre

« Je suis un homme du passé et de l'avenir lointain. Je n'habite pas le présent »

Les approches des Leçons de Pierre Legendre, notamment lors de séminaires animés par Michel Exertier ont amené l'épi-est-sur-t'erre à ancrer ses réflexions, ses concepts, ses penser à partir de la réflexion et de la pensée de cet homme historien du droit et psychanalyste.1

Il n'est peut-être pas indifférent, dans une présentation qui s'adresse à des pédagogues du mouvement de la Pédagogie Institutionnelle, qui ne renie pas ce qu'une partie de son enracinement doit aux techniques Freinet, - ainsi que nous le rappelle le sigle de l'un d'entre eux, TF-PI, (pour Techniques Freinet-Pédagogie Institutionnelle) -, que nombre de ses praticiens ont été formés au maniement dans leurs classes de l'imprimerie Freinet, en lien avec l'écriture du texte libre et du journal scolaire. Tout comme Pierre Legendre en témoigne à propos de son enfance dans le passage de l'entretien rapporté ci desous, ces praticiens et leurs élèves gardent sans doute en eux et de manière indélébile, même à l'époque de l'ordinateur, la mémoire au bout de leurs doigts des caractères qui composaient les lignes des textes qu'ils assemblaient ainsi : 

« ...Ma lignée paternelle est une lignée de boulangers, boulangers de père en fils. J'ai des cousins boulangers, des arrière-cousins boulangers ; l'un d'eux est boulanger à New York. Mais mon père, lui, avait dérogé, pour devenir imprimeur. Dans mon enfance, j'ai appris à manier les caractères (d'imprimerie) dans ce qu'on appelait le composteur. C'était tout un art à cette époque ; évidemment il n'existait pas l'ordinateur pour composer les mots. Car il faut composer les mots dans un certain ordre. C'est de l'écriture en miroir, puisqu'il faut les construire à l'envers pour que ça puisse être lu à l'endroit. Donc, c'est toute une réflexion, c'est le cas de le dire. Et alors voilà, j'ai appris ce que c'était que les lettres. Les lettres en tant que lettres. Ce qui fait que je suis entré dans un cousinage intellectuel très facile avec mes amis asiatiques, qui ont un tel culte des lettres, des caractères. » 

L'œuvre de Pierre Legendre est immense par son volume (plus de quarante ouvrages) et son originalité. Elle traite de façon exigeante de « l'animal humain doué de parole » et de la société considérée comme un Texte. Dans cette œuvre se mêlent les approches juridico-historiques, généalogiques, philosophiques, socio-théologiques et psychanalytiques, formant une anthropologie culturelle brillante.

 

 

 

1J'ai, par le passé, été amené à répondre dans le Bulletin Intérieur du Ceépi à une question qui m'avait été posée sur ce qui me faisait si fréquemment me rapporter dans mes textes à des travaux de Pierre Legendre . Je m'en suis alors expliqué en m'appuyant sur une séance du séminaire du Ceépi où Michel Exertier citant l'un de ses ouvrages intitulé « L'empire de la vérité, introduction aux espaces dogmatiques industriels », avait fait se focaliser ma curiosité sur le terme, écrit avec une majuscule « Référence », terme qui dans le contexte de ces années sans dogmes émergeait comme une provocation. J'avais promis une suite à ces premiers éléments d'une justification. Bien des années après, alors que l'un comme l'autre ont disparu, je me risque plutôt à faire, les concernant un rapprochement d'un autre ordre : ayant eu connaissance, aux obsèques de Michel Exertier, devenu Énarque et Administrateur civil, après avoir été collègue - professeur dans les Instituts Nationaux de Jeunes Sourds et compagnon et ami au Ceépi, des modestes conditions pastorales de son enfance dans sa Savoie natale qui le conduisirent ultérieurement à attacher tant de prix aux mots ainsi qu'à leur silence, j'y associe aujourd'hui en écho ce que nous raconte Pierre Legendre dans une anecdote tirée d'un entretien radiophonique intitulé « Les années de formation » pour l'émission à Voix nue sur France Culture :

« l'anecdote est la suivante, elle est tout à fait simple et banale. Nous allions à l'église dans le banc des pauvres. Alors, le banc des pauvres était évidemment au fond de l'église. Ce sont des bancs, pas des chaises, dans un lieu séparé des autres fidèles. Et, au moment de la quête, le prêtre passait devant le banc des pauvres sans s'arrêter. Je me souviens avoir capté un jour le regard de celui qui faisait la quête, c'est-à-dire de celui qui présentait la corbeille pour qu'y soit remise la petite pièce, l'offrande. Les pauvres étaient dispensés de quête. Ce regard est resté ancré dans ma mémoire. Et, voyez-vous, c'est ça la fracture du regard qui survient chez un enfant dans des circonstances de cette sorte. L'enfant entre dans l'interrogation, sans mots bien sûr, sur la contradiction, le hiatus, la séparation, l'exclusion. Tout ça, ce sont des choses essentielles que j'ai apprises, moi, de cette façon. »

Note rédigée par Philippe Legouis

 

 




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